La propreté dans le milieu scolaire pourrait bien constituer un potentiel de développement pour les entreprises du secteur, avec des différences significatives entre les clients publics et privés. Une chose est sûre : la volonté d'améliorer l'hygiène est là. Reste encore à trouver la solution la plus adaptée au budget de l'établissement.

Dans le secteur de l'enseignement, la faible externalisation de la propreté explique que les acteurs majeurs y sont peu présents. Des PME, mais aussi des sociétés issues de la restauration collective comme Elior Services et Sodexo, interviennent sur ce créneau. « Dans la plupart des cas, la propreté des locaux est prise en charge par des agents publics. Le taux d’externalisation ne doit pas dépasser les 20 %, estime Philippe Guérin, directeur général de Kaivac Motorscrubber, qui travaille avec les collèges et lycées, dont une partie fait aussi appel à l’Ugap. Mais avec le vieillissement de la population, les directeurs d’établissement commencent à penser de plus en plus à externaliser auprès d’entreprises de propreté. Le changement peut se faire progressivement. » Pour les nouveaux établissements, en revanche, la sous-traitance est privilégiée. « Il s’agit à mon avis d’un important potentiel de développement, explique Philippe Guérin. Souvent, l’entreprise de propreté démarre un contrat par la prise en charge de la vitrerie et des parties mécanisables puis elle propose ensuite d'élargir ses prestations. »

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MISP Propreté - Jean-Michel Dias, MISP Propreté « Le budget a toujours son importance mais les écoles privées font plus attention à la qualité des prestations et surtout à la place de l’humain . »

« Aujourd’hui, c’est un créneau qui est encore très internalisé, confirme Joaquim Curado, directeur de LC Net (230 salariés, 3 M€ de chiffre d'affaires). Quand les personnels partent en retraite, les communes consultent. » L’entreprise normande intervient auprès d’écoles maternelles et primaires (de 3 à 10 classes) dans des communes de différentes tailles. « Avec ces mairies, les prestations de propreté sont gérées de gré à gré, précise Joaquim Curado. Elles ne rentrent pas dans les consultations des appels d’offres publics pour le moment. » LC Net intervient en fin de cours pour nettoyer les circulations, les salles de classe et les sanitaires, les lundis, mardis, jeudis et vendredis. Dans les écoles, un seul passage est effectué. Il peut aussi y avoir une organisation mixte entre l’entreprise de propreté et le personnel municipal, notamment pour les classes.

Plus d'externalisation dans le secondaire

Les établissements scolaires, surtout pour le niveau primaire, sont encore souvent en autonettoyage. Les personnes qui accompagnent les enfants, en plus des enseignants, assurent aussi l’entretien de la classe. « Récemment, les directeurs d’établissement ayant du mal à recruter sont amenés à réorganiser cette partie-là, affirme Jean-Michel Dias, gérant de MISP Propreté & Services installée près de Nantes (120 salariés). Une organisation hybride peut se mettre en place : nous faisons les couloirs, sanitaires et salles des enseignants, et un salarié de l’école s’occupe des classes. »

Pour les collèges et les lycées, l’externalisation de la prestation de propreté est plus courante et a tendance même à progresser. « Nous observons un recours accru à la sous-traitance de la part des établissements scolaires du secondaire, indique Jean-Michel Dias. Par exemple, lorsqu’un agent part à la retraite, ils choisissent de confier certaines prestations à leur partenaire propreté. Là aussi, une organisation mixte est choisie puis, progressivement, nous prenons en charge la totalité des besoins. » La gestion du personnel est ainsi déléguée au prestataire, ce qui est facilitant pour le client.

Différences public/ privé

« Nous intervenons auprès d’établissements scolaires dans le secteur privé. Cette activité représente 20 % de notre chiffre d’affaires. C’est un marché porteur que nous ciblons, explique Jean-Michel Dias. Travailler pour le public implique de passer par des appels d’offres publics difficiles dans le modèle de réponse et malheureusement la politique du moins-disant prévaut souvent. L’établissement ne peut pas s’engager davantage en raison de difficultés économiques. Cet état de fait ne nous permet pas de respecter la démarche responsable que nous avons choisie de suivre. » MISP place en effet les salariés au cœur de ses préoccupations. « Le budget a toujours son importance mais les écoles privées font plus attention à la qualité des prestations et surtout à la place de l’humain », poursuit le chef d’entreprise.

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Essi - L'entretien des salles de classe est difficilement mécanisable.

« Les exigences sont différentes entre le secteur public et le secteur privé, affirme Benjamin Le Thiez, directeur innovation et performance du groupe Essi. D’une manière générale, les établissements privés ont des exigences plus élevées en matière d’hygiène. La désinfection des points de contact, héritage de la crise Covid, est devenue incontournable. Dans le public, les cahiers des charges sont plus restreints et plus précis. » Essi intervient auprès de collèges et lycées, d’universités, d’écoles d’enseignement supérieur et de centres de formation, activité qui génère autour de 8 % de son chiffre d’affaires.

« Nous nous positionnons de plus en plus sur les appels d’offres publics, ajoute Benjamin Le Thiez. D'une manière générale, les demandes augmentent dans la commande publique. »

Le contrat de propreté prévoit, dans la plupart des cas, une ou deux interventions par jour dans les sanitaires. Parfois, il arrive néanmoins qu'une personne de l’école s’occupe de repasser dans les sanitaires. Concernant le réfectoire, les situations sont très diverses. Cette partie peut être nettoyée par la société de restauration collective, par l’établissement lui-même ou par une entreprise de propreté.

Pour les nouveaux établissements, la sous-traitance est souvent privilégiée.

Ergonomie et mécanisation

Sur un site scolaire ou un centre de formation, Essi entretient en général : l’accueil et les vitres, les espaces de pause, le réfectoire, les salles de classe (poubelles, aspiration, tables, sols), les blocs sanitaires, les espaces de circulation. « Ce sont des prestations faiblement mécanisables, souligne Benjamin Le Thiez. Nous utilisons néanmoins quelques I-mop et de petites autolaveuses de 40 à 50 cm de largeur de travail. » L’organisation des prestations est primordiale car il y a une forte diversité des locaux. Pour les plus grands sites, comme les universités, il faut prendre en compte les déplacements. « Il est donc important d’avoir un plan, si possible métré, au moment de l’élaboration du cahier des charges », note Benjamin Le Thiez.

« Nos collaborateurs qui interviennent dans le milieu scolaire ne font pas de vacations de plus de trois heures car c’est une prestation impliquant un certain engagement physique, estime Jean-Michel Dias. Nous complétons donc leur temps par une intervention dans le tertiaire par exemple. » MISP Propreté met aussi un point d’honneur à doter leurs équipes de matériels ergonomiques, comme les manches de lavage ergonomiques ou les presses à rouleau assistées.

L’entretien des salles de classe est difficile à mécaniser et les opérations se font manuellement dans la majorité des cas. « L’innovation que lancera bientôt Motorscrubber permettra de laver les sols facilement même dans le cas de surfaces encombrées », signale Philippe Guérin.

Chez LC Net, une machine est mise en place chaque fois que possible (gymnase, couloirs, bureaux), ainsi que des chariots et du matériel ergonomique. Dans les écoles récentes, il est parfois possible de mécaniser. Dans un collège de 1 000 élèves, pour lequel l'entreprise travaille depuis cinq ans, l’effectif de l'entreprise est organisé en trois équipes de deux, auxquelles s’ajoute une personne pour les sanitaires. « Dans les salles de classe, ce sont les élèves qui mettent les chaises sur les tables, et nos salariés les redescendent une fois la prestation terminée. Ce principe évite une manutention fastidieuse », souligne le chef d’entreprise.

MISP Propreté a également accéléré la mécanisation des tâches, notamment pour tous les espaces de circulation. « Progressivement, nous modifions l’organisation, explique Jean-Michel Dias. Nous responsabilisons les établissements, notamment en sensibilisant les enseignants afin de s’assurer de l’état de propreté de leur classe entre chaque cours. C’est possible en particulier lorsque les élèves ont une salle attribuée. » Ainsi, l'entreprise nettoie plus régulièrement les zones communes, de manière quotidienne, et fournit un kit de nettoyage à l’établissement pour les salles de classe pour compléter la prestation quand cela est nécessaire en impliquant les élèves.

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Kaivac -L'entretien des sanitaires est un véritable enjeu de santé pour les élèves.

Proximité et accompagnement

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LC Net -Joaquin Curado, LC Net « Il est important aussi d’accompagner et de conseiller nos clients du milieu scolaire. »

« Nous devons encore innover en matière d’offres de service, pour tendre vers l’hygiène préventive que nous pourrons proposer au secteur scolaire, estime Benjamin Le Thiez. Les aider dans la lutte contre les épidémies saisonnières peut être créateur de valeur. »

« Les clients dans ce domaine augmentent un peu l’enveloppe mais nous demandent de rester compétitifs en optimisant au mieux, poursuit-il. Nous mettons, par exemple, plus de moyens sur les régies et nous réduisons d’autres prestations. Une réelle ingénierie des usages est nécessaire en s’adaptant notamment aux pics d’activité. Les agents, souvent dédiés, doivent avoir beaucoup d’autonomie. »

Conséquences du Covid-19

Pendant la crise liée au Covid-19, le partenariat entre les entreprises de propreté et les établissements scolaires a pris tout son sens. Les prestations classiques ont été réduites, au profit notamment de la désinfection des points de contact. « Nous nous sommes concentrés sur les zones les plus importantes », souligne Jean-Michel Dias. L’entreprise a choisi d’accompagner ses clients au mieux. Concernant l’hygiène des mains, des protocoles renforcés sont toujours en vigueur. Résultat : la consommation de savon et d’essuie-mains papier a explosé.

Cette clientèle est également sensible aux engagements en matière d’environnement. C’est pourquoi MISP Propreté propose de nouvelles solutions : suppression des poubelles dans les classes et mise en place de conteneurs pour l’apport volontaire, entretien sans produit, produits écolabellisés ou Ecocert.

« Notre implication pendant la crise sanitaire a été très appréciée, souligne Joaquim Curado. Nous avons renforcé nos prestations et nous nous sommes adaptés. » L’effectif intervenant dans le collège est passé de 4 personnes qui venaient tous les deux jours, à 7 après le Covid-19, avec une prestation quotidienne. « Aujourd’hui, nous continuons de faire les classes tous les jours, poursuit Joaquim Curado. Depuis un an, nous effectuons un second passage dans les toilettes, notamment en raison de l’intervention des parents d’élèves. »

Un enjeu de santé publique

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Services - Benjamin Le Thiez,Essi « Aider les établissements scolaires dans la lutte contre les épidémies saisonnières peut être créateur de valeur. »

« Favoriser l’hygiène représente une question de sécurité pour les élèves, estime Philippe Guérin. Un bon niveau de propreté garantit la limitation des maladies virales. Un excellent nettoyage élimine les virus, sans avoir à faire appel à la désinfection. » De nombreuses études indiquent que les élèves ne fréquentent pas, en majorité, les sanitaires. Cette situation influe sur le lavage des mains et ainsi sur leur santé quotidienne. « De plus, l’état des locaux sanitaires se dégrade, ajoute Philippe Guérin. Nous devons convaincre le gestionnaire de l’établissement qu’un bon entretien journalier est plus économique. » Le système de nettoyage sans contact de Kaivac est le plus adapté.

LC Net fait régulièrement des campagnes de sensibilisation pour le lavage des mains. « Il est important aussi d’accompagner et de conseiller nos clients du milieu scolaire. Nous essayons d’être au maximum à l’écoute de la direction de l’établissement et de l’aider lorsqu’ils rencontrent des problèmes avec les parents d’élèves », estime Joaquim Curado

L'importance des travaux exceptionnels

Le secteur scolaire génère aussi de nombreux travaux exceptionnels pour les entreprises de propreté. MISP Propreté, par exemple, effectue le nettoyage des vitres une fois par an, des façades et une intervention approfondie avant les journées portes ouvertes par exemple… « Selon les budgets, il arrive que nous ayons à gérer une enveloppe globale de travaux exceptionnels que nous échelonnons sur un an ou deux », précise Jean-Michel Dias. MISP travaille en bon partenariat avec les établissements scolaires. Capable de proposer des offres personnalisées, elle se distingue aussi par sa démarche responsable. « Parfois, nous sommes bien sûr rattrapés par la réalité économique, ajoute-t-il. Dans ce cas-là, nous faisons en sorte de nous adapter et de réfléchir ensemble à la meilleure solution. »

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Essi

« Le créneau des établissements scolaires génère, en outre, de nombreux travaux exceptionnels, qui sont parfois prévus dans les contrats surtout dans le public », confirme Benjamin Le Thiez. Il s’agit de remise en état, par exemple pendant les vacances scolaires, de nettoyage des vitres voire de prestations 3D. Pour Essi, c’est une source de valeur ajoutée. « Le développement se fait beaucoup par le bouche-à-oreille dans ce domaine, complète le directeur. La réputation électronique, via les réseaux sociaux, compte aussi beaucoup. » Essi a créé une fiche sectorielle « Éducation ». Les clients privés ont une forte attente pour voir intégrer l’hygiène dans la solution globale. L’entreprise de propreté travaille aussi pour sensibiliser les élèves au lavage des mains, mais aussi à l’hygiène de l’air. Un kit « Proprement dit » a été imaginé à destination des usagers.

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Les écoles maternelles et primaires dépendent aujourd'hui des communes, les collèges sont sous la houlette du Département et les lycées sont gérés par la Région.

Rappel

Un parcours de formation, financé par le Fare Propreté, a été élaboré pour former un référent prévention des risques épidémiologiques.

www.monde-proprete.com

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