L'industrie chimique franco-européenne, à peine remise d'une année 2025 compliquée, est frappée par une nouvelle crise liée au conflit moyen-oriental. Cette situation engendre une augmentation des coûts logistiques et énergétiques, ainsi qu'une menace de pénurie sur les matières premières stratégiques. Alors que des géants comme BASF répercutent déjà ces hausses sur leurs prix, France Chimie1 a interpellé le gouvernement le 19 mars 2026 pour exiger l'application immédiate de mesures de soutien à la compétitivité.
Les producteurs de matières premières chimiques ont déjà commencé à répercuter ces surcoûts sur leurs clients. C'est le cas de l'allemand BASF puisqu'au 18 mars 2026, le groupe publiait son troisième communiqué avertissant des hausses de prix. Les produits de son portefeuille destinés à l'entretien de la maison, au nettoyage industriel et institutionnel, ainsi qu'aux formulateurs industriels, voient alors leurs prix augmenter d'au moins 30 %. BASF a également annoncé des hausses unitaires : le néopentyl glycol gagnera 350 € la tonne en Europe, et l'acide formique 250 € la tonne. Le groupe justifie ces décisions par « la volatilité significative des prix et de la disponibilité des matières premières essentielles », « l'augmentation des coûts logistiques » et « la forte hausse des coûts d'emballage et d'énergie ».
Son compatriote Wacker a, de son côté, annoncé dès le 13 mars une hausse « significative » de ses tarifs pour les dispersions de polymères, les résines et les poudres de polymères dispersibles, effective au 1er avril. Lanxess a également confirmé des augmentations dans une dépêche. La fédération allemande de l'industrie chimique a averti de l'apparition des « premiers signes de pénuries extrêmes et de ruptures des chaînes d'approvisionnement ».
Des matières premières proches du conflit
Plusieurs composants essentiels à l'industrie chimique proviennent majoritairement du Moyen-Orient ou de zones perturbées par le conflit. France Chimie a donc récemment identifié quatre matières particulièrement exposées. En effet, un tiers de la production mondiale d'hélium est assuré au Qatar. Concernant le soufre, la production kazakhe habituellement exportée vers l'Europe est désormais redirigée vers l'Asie. Le brome est produit, quant à lui, à 79 % en Israël et aux États-Unis. Enfin, près d'un tiers de la capacité mondiale de méthanol est installé en Iran, en Arabie saoudite, au Qatar et à Bahreïn.
Des conséquences en cascade
France Chimie décrit ces risques de ruptures comme des conséquences en cascades. Depuis le début du conflit, l'Europe a déjà dépensé 6 milliards d'euros supplémentaires en importations de combustibles fossiles. Le gaz représente jusqu'à 80 % du coût variable pour les activités gazo-intensives telles que la production d'ammoniac, de nylon ou de méthionine. Les producteurs d'ammoniac ont d'ores et déjà répercuté ces hausses dans leurs prix. Les coûts logistiques ont également fortement progressé. Les prix du transport maritime ont été multipliés par deux à trois, avec des retards moyens supérieurs à 13 jours liés à l'évitement du détroit d'Ormuz. La facture énergétique s'alourdit aussi sous l'effet de la dépendance au gaz et de la hausse de 16 % du prix de l'électricité sur le CAL27.
Face à cette situation, France Chimie a demandé aux pouvoirs publics « d'activer de manière urgente des mesures de compétitivité ». Ces nouvelles perturbations surviennent dans un contexte déjà fragilisé par l'instabilité politique française de 2025, qui avait elle-même pesé sur les activités industrielles.
1 France Chimie est l’organisation professionnelle qui représente les entreprises de la Chimie en France. Elle est le porte-parole du secteur auprès des pouvoirs publics nationaux, européens et des instances internationales. La raison d'être de France Chimie est de promouvoir en France une Chimie responsable et créatrice de solutions.