Avenir du double flux et effervescence du marché chinois, Stanislas Lacroix, PDG du spécialiste de la ventilation en France Aldes, se confie à Génie Climatique Magazine.

Les acteurs de la ventilation n’ont-ils pas négligé ces dernières années que leur rôle premier était d’assurer la qualité de l’air et non pas la performance énergétique ? La réglementation actuelle, uniquement focalisée sur l’énergie, ne permet pas de rechercher le juste équilibre entre performance énergétique et qualité de l’air. La ventilation a été écrasée par ce mouvement en faveur de la performance énergétique. Elle a alors été vue uniquement comme une source de déperdition thermique, et à la limite s’en passer pourrait presque être préférable pour le bilan énergétique. La fonction primaire de la ventilation qui est de garantir une bonne qualité de l’air a été oubliée. Quand nos équipes souhaitent généraliser la mise en place d’un filtre plus performant avec une maille plus fine, permettant donc par exemple de mieux bloquer le pollen, la surconsommation engendrée pour combattre la perte de charge rend les choses compliquées dans le cadre réglementaire actuel. Mais tout laisse à penser que la future réglementation va rééquilibrer le rapport de force entre enjeux sanitaire et énergétique. Ce mariage de raison annoncé entre la performance énergétique et la qualité de l’air ne va-t-il pas conduire inévitablement à l’émergence de la ventilation double flux ? Dans les pays scandinaves où la ventilation est perçue non pas comme une contrainte réglementaire mais un paramètre de confort, au même titre que la surface des vitrages, la double flux s’est imposée sur le marché résidentiel. Et même dans des pays comme l’Italie et l’Espagne, où le climat est tout de même plus clément que dans nos contrées, la double flux émerge à grande vitesse. Pendant ce temps, chez nous, du fait notamment d’une RT qui ne valorise pas du tout cette technologie, la double flux ne progresse pas dans l’habitat et même recule ! Nous marchons là à l’envers car effectivement le sens de l’histoire est d’aller vers le double flux. Alors que faire en attendant que nous empruntions la bonne direction. Un passage de l’extraction à l’insufflation n’est-il pas la voie à suivre ? Nous avons exploré le sujet de l’extraction il y a de nombreuses années. Cette technologie ne permet pas selon nous de garantir l’expulsion des polluants des pièces à vivre. Le balayage de l’air est plus aisément assuré en générant une dépression (extraction) qu’en surpression (insufflation). Est-ce que votre présence de plus en plus grande sur le marché chinois influence votre façon de concevoir la ventilation ? Nous connaissons effectivement en Chine un taux de croissance qu’on aimerait avoir dans tous les pays du monde ! Nous étions jusqu’à aujourd’hui présents dans les grandes mégalopoles et nous travaillons aujourd’hui à nous renforcer dans les villes de taille secondaire (cela est relatif en Chine). Et l’importance du sujet de la qualité de l’air dans ce pays fait que tous les développements sur la filtration sont désormais portés en amont de la R&D par nos équipes chinoises. La volonté d’aller vers une démocratisation du bâtiment à énergie positive laisse présager une montée en puissance du vecteur air pour assurer le confort thermique des logements. Aldes va-t-il devenir un industriel du chauffage ? Notre métier reste le renouvellement d’air. Mais comme vous le soulignez, dans un logement très basse consommation, le chauffage par vecteur air devient très pertinent et permet de se libérer de la boucle d’eau. Nous sommes donc ravis, en tant qu’experts du vecteur air, d’être plutôt positionnés au bon endroit. Nous sommes donc certainement plus à l’aise que d’autres acteurs du génie climatique face à l’avenir.