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Depuis le début de la pandémie, les entreprises de propreté doivent faire face à de plus en plus de demandes de désinfection  des clients. Mais la lutte contre les virus ne doit pas se faire au détriment de l’environnement. Pourquoi, comment, quand et où désinfecter ? Avec quelles solutions et quels produits ? Réponses.

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La crise sanitaire liée au Covid-19 a fait naître de nouveaux besoins en matière de désinfection des locaux chez les clients. Des attentes auxquelles les entreprises de propreté doivent répondre en proposant des solutions en termes d’organisation, de méthodes, de techniques, de solutions chimiques… Car il ne faudrait pas que la lutte contre le coronavirus se fasse au détriment des enjeux environnementaux.

Virginie d’Enfert, déléguée générale de l’Afise, syndicat professionnel qui regroupe une centaine de fabricants de produits détergents et désinfectants pour les marchés grand public et professionnels, confirme que ses adhérents ont été très sollicités. « Avec la crise sanitaire, nous avons eu une hausse conséquente de la demande de produits désinfectants, qui a été multipliée par 2,6, affirme-t-elle. Celle de gels hydroalcooliques a été multipliée entre 8 et 10. Les utilisateurs sont très demandeurs en matière de désinfection. » L'Aise, association européenne des industriels de la détergence, a réalisé deux sondages, l'un en 2017 et l'autre juin 2020. « La propreté et l'hygiène sont importantes dans les transports » : 83 % des sondés étaient complètement d'accord avec cette affirmation en juin 2020, contre 77 % en 2017.

Une désinfection ciblée et raisonnée

« En tant que représentant des industriels de la détergence, notre position est claire. Avoir recours aux désinfectants ne doit pas être automatique, affirme Virginie d'Enfert. Ils doivent être utilisés à bon escient, avec le protocole TACT (température, action, concentration, temps de contact). Les fabricants mettent en place des protocoles pour que les temps de contact soient les plus courts possible. » Pour l'Afise, un bon nettoyage suffit souvent pour éliminer les micro-organismes pathogènes. Par contre, l'emploi de la désinfection est nécessaire dans certains lieux comme un bloc opératoire, un abattoir ou une usine de transformation agroalimentaire. Il faut toujours nettoyer avant de désinfecter, en particulier dans des locaux inoccupés. Cette crise a démontré que les désinfectants sont essentiels pour le maintien de la santé publique mais aussi pour la vie économique et sociale.

Un bon nettoyage suffit souvent pour éliminer les micro-organismes nuisibles.

Le message n'était pas audibleNous continuons aujourd'hui à alerter sur les dangers d'une désinfection systématique. C'est aussi le rôle des fabricants de faire de la pédagogie auprès de leurs clients

Des contraintes opérationnelles

Werner & Mertz Professional, fabricant de produits détergents durables, a pour objectif d'apporter aux professionnels une réponse efficace et sûre pour la santé des utilisateurs et des occupants des locaux, ainsi que pour l'environnement. « Nous avons néanmoins besoin de désinfection mais d'une désinfection raisonnée, explique Claire Normand, chef de produit. Il faut savoir traiter différemment les lieux même au sein d'un hôpital entre un bloc, une chambre ou une cuisine. Nos protocoles prévoient d'utiliser la juste quantité de désinfectant. Dans une cuisine par exemple, il n'est pas nécessaire de désinfecter les sols. » Malgré cet objectif d'utilisation raisonnée, l'industriel allemand estime qu'il faut tenir compte des contraintes du terrain. Souvent, il est compliqué d'utiliser deux produits différents. C'est aussi pourquoi l'entreprise travaille sur des produits efficaces et rapides à utiliser, comme les nettoyants désinfectants qui ont une double action. Dans un contexte de crise, les solutions doivent être en rapport avec la réalité économique.

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« Avant tout, il faut que les protocoles soient le plus simple possible pour nos salariés, au niveau de l'utilisation du matériel, d'un produit et du mode opératoire, confirme Laurent Prulière, directeur R&D de GSF. La formation doit aussi être accessible. » W&M. propose des protocoles sous forme d'images simples et édite des guides pour expliquer aux utilisateurs et aux clients l'intérêt de désinfecter ou non une surface. D'une manière générale, il n'est pas préconisé de désinfecter les sols, même dans le secteur de la petite enfance.

Une démarche durable

Pour Claire Normand, il reste difficile de concilier désinfection et préservation de l’environnement car la fonction des biocides reste d’éliminer les micro-organismes. Certains produits sont composés de molécules moins "agressives" et bénéficient d'une autorisation de mise sur le marché simplifiée. « Les produits ont évolué. La nouvelle réglementation empêche les fabricants d'utiliser des substances classées CMR dans leurs formules, nuance-t-elle. Le produit concentré étant dilué, la solution n'est donc pas classée au niveau de son utilisation, selon le règlement CLP. Elle n'est ni irritante ni corrosive. » Les protocoles de lutte contre le Covid-19 définis par le fabricant poussent les clients à définir les points de contact qui seront à désinfecter régulièrement : rampes, poignées, boutons d'ascenseur, claviers d'imprimante. Au-delà de préconiser l'usage au strict nécessaire, Werner & Mertz se penche sur l'utilisation de produits biosourcés dans les composants des désinfectants (exemple : solvants, acide lactique). Les produits concentrés (moins de déchets, moins de transports d'eau) permettent aussi une approche plus durable de la désinfection, tout comme les emballages qui sont en plastique recyclé.

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Si bon noLa période du confinement était beaucoup trop anxiogène. Les représentants du personnel et la médecine du travail poussent pour la désinfection,Le mot nettoyage n'est pas assez fort dans l'inconscient collectif. Celui de désinfection est beaucoup plus rassurant.

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Des solutions alternatives

Pour la reprise d'activité des clients lors de la préparation du déconfinement, le groupe a proposé 4 méthodes : la nébulisation (ozone et peroxyde d'hydrogène en milieux secs, acide lactique en milieux humides), l'ultra-diffusion (fumigation), le dispersât dirigé, l'essuyage humide. « Après l'été, nous nous sommes posé beaucoup de questions au sein du service R&D, reconnaît Laurent Prulière. Nous devons apporter des solutions, des conseils et des innovations aux collaborateurs du groupe. Notre objectif est de sourcer des solutions alternatives plus favorables à l'environnement. » Le responsable R&D a rappelé que le SARS-Cov2 est un virus doté d’une membrane lipidique qui le rend vulnérable : un tensio-actif formulé dans un détergent est suffisant pour détériorer le virus. « Pour le Haut Conseil de santé publique, poursuit Laurent Prulière, le nettoyage est la règle et la désinfection devient l'exception, sauf dans les secteurs où il existe des germes pathogènes comme le secteur hospitalier ou l'agroalimentaire. » Les désinfectants efficaces sont les produits virucides EN 14476. Parmi les solutions alternatives, GSF étudie l'utilisation de la lumière pulsée (y compris les UV) dont il faut vérifier l'applicabilité. « Les UV sont efficaces sur un objet dans un espace clos mais le seront-ils sur une surface plus grande », s'interroge Laurent Prulière. L'eau ozonée est une alternative intéressante car elle se dégrade en dioxygène, ainsi que l'eau électrolysée (eau, sel et électricité) qui permet de générer une solution acide de chlore et une solution alcaline détergente.

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« Pour faire comprendre aux clients et les convaincre de l'efficacité de ces méthodes alternatives et responsables, il faut beaucoup communiquer et faire preuve de pédagogie, ajoute Laurent Prulière. La question de la confiance en son prestataire est essentielle. De plus, tous nos clients ont eux aussi des engagements de performance environnementale. » Et Virginie d'Enfert de préciser : « Il est important de rappeler que l'assise scientifique est nécessaire pour mesurer l'efficacité et l'impact des méthodes. »

Sans chimie

Pour Laurent Prulière, il faut avoir une approche polyvalente et faire appel à un panel de réponses techniques selon les usages. Une autre approche sans chimie existe également pour la désinfection. Il s'agit des microfibres à mémoire de forme intégrant des molécules d'argent. « C'est une véritable alternative à la chimie, affirme Oksana Bobik, PDG de Raypath International. Le monde vit un tournant. En 2020, nous avons besoin de projets durables. » Sur le marché des microfibres, on trouve tous les niveaux de qualité. Les objectifs sont différents en termes d'efficacité, de budget et d'impact environnemental.

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Les microfibres à mémoire de forme évitent la transmission de saletés et permettent de nettoyer avec de l'eau. Les salissures même les plus grasses sont captées immédiatement dans la fibre grâce à leurs propriétés techniques (réseau capillaire fin et dense). Les couleurs d'origine des surfaces sont préservées, y compris celles de l'inox. « Il n'y a plus de résidus sur la surface, indique Oksana Bobik. En plus de l'aspect visuel, les résultats bactériologiques sont satisfaisants. Ils ont encore été améliorés avec l'intégration des molécules d'argent pour parvenir au même effet que la désinfection. » Ce matériau est connu depuis longtemps pour ses vertus bactéricides. La méthode basée sur les microfibres à mémoire de forme intégrant des molécules d'argent a été testée par Raypath International dans plusieurs types d'applications.

« Effectivement, certains lieux ont besoin de désinfection mais pour tous les autres, il est indispensable de trouver d'autres solutions plus respectueuses de la santé et de l'environnement, comme dans les bureaux ou les transports », estime Oksana Bobik. Pour elle, la crise sanitaire a replacé au centre des préoccupations les femmes et les hommes sur le terrain qui entretiennent les locaux. Il est donc primordial de leur fournir un matériel efficace pour les valoriser et leur faire comprendre l'importance de leur travail. Raypath International organise des formations. « Nos ressources étant limitées, nous devons aujourd'hui changer de modèle pour maîtriser l'empreinte écologique, la production de déchets, le budget, prévient Oksana Bobik. Les nouvelles technologies peuvent nous y aider. »

« Cette méthode des microfibres, qui offrent des surfaces de contact démultipliées, est intéressante, souligne Laurent Prulière. Les solutions alternatives ne coûtent pas réellement plus cher. Il est important de travailler dans une relation tripartite avec les clients et les fournisseurs dont nous attendons aussi des propositions fortes. »

À RETENIR

Rappel : un produit désinfectant a pour objectif d'inactiver les organismes nuisibles (bactéries, virus, champignons). Sa mise sur le marché est liée au règlement européen Biocides (conditions de mise sur le marché, obligations d'étiquetage). Les désinfectants font l'objet d'une AMM (autorisation de mise sur le marché), délivrée pour garantir l'efficacité d'une substance active pour un usage, ainsi que la sécurité pour l'utilisateur.

WWW

Rendez-vous sur le site services-proprete.fr pour voir ou revoir cette table ronde en replay.

20 %

des Français ne connaissent pas la différence entre le nettoyage et la désinfection.

Étude

Une hausse vertigineuse de la demande

Sollicité par l’Afise, association qui regroupe les industriels de la détergence et de l’hygiène, le cabinet Asterès s’est penché sur les chiffres du marché des produits d’entretien et de désinfection au printemps 2020, au moment où la France était confrontée au premier pic de la crise sanitaire liée au Covid-19 (marchés grand public et professionnel). Sans surprise, l’étude vient confirmer la hausse exceptionnelle et brutale de la demande qui a soumis les capacités de production du secteur à une pression sans équivalent jusqu’à ce jour.

« La crise sanitaire a entraîné une explosion de la demande en produits d’hygiène et d’entretien au printemps 2020, estimée à + 155 % par rapport au début de l’année 2020. Les produits directement utiles contre le virus – gels, solutions hydroalcooliques et les produits désinfectants type javel – ont logiquement été les plus demandés », explique le rapport. D’autres catégories de produits comme les savons, les produits désodorisants, les lingettes nettoyantes ont également connu une hausse de la demande estimée entre 50 % et 200 %. Une situation qui s’est prolongée après le confinement avec une demande toujours en hausse à + 120 % en juillet par rapport à début 2020.

Face à cette demande très importante, l’offre des fabricants a augmenté rapidement. Au printemps 2020, la hausse de l’offre était de 134 % grâce à l’augmentation des capacités de production des entreprises du secteur mais aussi à un taux d’absentéisme très faible un taux d’absentéisme (3 à 4 %).