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Robots, nouveaux alliés de la propreté ?

S. W. | 1 octobre 2013 | Services n° 0229

© Cleanfix
Les progrès technologiques permettent le développement de la robotique de service à usage professionnel. Utilisés pour des activités spécifiques, les robots peuvent réduire la pénibilité, tout en améliorant la qualité des prestations.

Le parc installé de robots de service à usage personnel ou professionnel pourrait dépasser les 25 milliards d'euros dans le monde dès 2015. Cette année-là, le marché mondial s'élèverait à 6 Md€ pour la robotique de service personnelle et à 13 Md€ pour la partie professionnelle. En 2011, les ventes ont augmenté de 9,2 % sur le créneau professionnel et de 14,6 % sur le personnel, ce qui représentait déjà un marché de 3,8 Md€.

En France, plusieurs marchés portent le développement de cette filière : les robots de défense, les robots agricoles ou logistiques, les robots domestiques (aspirateurs) ou encore les robots médicaux, selon un rapport de la DGCIS publié en avril 2012. Un plan France Robot Initiatives, d'un montant de 100 millions d'euros, a été mis en place en mars dernier par le ministère du Redressement productif. Il se focalise sur 5 axes prioritaires : encourager la R & D et l'innovation, améliorer l'accès au financement des start-up du secteur, augmenter la présence des robots dans les PME, organiser la filière en créant le comité robotique filière de demain, inscrire la recherche française dans les projets européens.

« Le marché des aspirateurs robots a explosé en 2011 et devrait encore s'établir à 200 000 unités en 2013 », indique Salem Ghezaili, directeur associé de l'entreprise E-Zicom. Cette croissance du marché domestique pourrait-elle se produire dans le milieu professionnel ? Pour l'instant, on ne peut pas parler de percée spectaculaire. Les robots de nettoyage constituent néanmoins une part importante de la robotique de service professionnelle.

En complément de l'intervention humaine

« Le développement de la robotique dans le nettoyage industriel est un marché auquel nous croyons depuis longtemps, affirme Salem Ghezaili. Nous avons codéveloppé des produits qui pourraient répondre aux exigences des clients professionnels. » E-Zicom a été conviée par un réseau d'agences immobilières pour faire la démonstration des robots laveurs de vitres pour le nettoyage de leurs vitrines. L'entreprise a aussi été mandatée par la Ville du Havre pour l'utilisation des e-ziclean Windoro. « Il faut préciser que ce type de robot s'utilise pour l'entretien régulier et non pour un nettoyage approfondi, souligne Salem Ghezaili. C'est un complément à l'intervention d'un agent de propreté. » E-Zicom travaille sur des aspirateurs robots disposant d'une contenance plus élevée que ceux proposés sur le marché domestique (e-ziclean). Ce système est adapté à l'entretien des locaux tertiaires souvent dotés de moquettes. « C'est un challenge technologique de pouvoir faire naviguer le robot sur un plateau de bureaux », reconnaît le dirigeant.

Les tondeuses robots se développent pour l'entretien des espaces verts. E-Zicom en propose à moins de 1 000 euros (e-zigreen), pour le traitement d'une surface de 500 m². « Des communautés de communes sont intéressées par ce produit pour entretenir des pelouses situées dans des endroits difficiles d'accès », indique Salem Ghezaili.

Viables sur les niches de marché

Il semble donc que la robotique soit viable sur certaines niches de marché. C'est le cas de sites ayant des contraintes de plages horaires, comme les gymnases. « Souvent, il existe un problème de temps pour nettoyer le gymnase en raison d'un taux d'occupation important. Le gardien peut mettre en route le robot avant de fermer le gymnase », indique Thomas Martin, directeur commercial de Cleanfix France. Après quatre ans de développement, le fabricant a mis au point un robot laveur commercialisé depuis cinq ans. « Les ventes sont bonnes en Suisse et nous allons relancer la commercialisation en France début 2014 », affirme-t-il.

Particulièrement adapté aux salles de sport, Robo40 mémorise son premier passage et contourne les objets se trouvant sur son passage. Il est possible de l'utiliser pour plusieurs salles d'une même commune, car il s'adapte à chaque configuration. Cet appareil peut aussi être programmé pour effectuer l'entretien d'un hall d'immeuble. Il comporte des capteurs ultra-sons (issus de l'automobile), des capteurs infrarouges et des capteurs de toucher. « La sécurité est une question très importante, c'est pourquoi nous avons particulièrement travaillé l'intelligence de la machine », précise Thomas Martin.

L'autonomie de la batterie permet d'entretenir une surface de 1 200 m² en trois heures. Le robot est doté de deux systèmes de rouleaux, assortis d'un dispositif de micro-pulvérisation d'eau et d'un suceur d'aspiration. Pourvu d'un système spécifique de pompes, il fonctionne avec un détergent spécial très dilué.

Importance de la maintenance

« Ce robot est un véritable concentré technologique, ce qui implique donc de former les techniciens pour l'entretien et la réparation, précise Thomas Martin. Nous le vendrons donc avec un contrat de maintenance incluant plusieurs visites par an. » Robo40 sera proposé à la vente en Ile-de-France et à Lyon. Il sera commercialisé entre 12 000 et 15 000 euros selon les options. Un chariot de transport sera inclut (poids de 105 kg avec batteries). « Nous croyons au développement de ce produit, car nous sommes à présent organisés et structurés pour sa commercialisation sur le marché français », estime Thomas Martin. Un nouveau robot devrait voir le jour courant 2014 pour le même type d'application mais deux fois plus large et capable de couvrir une surface de 2 400 m².

Autre créneau sur lequel la robotisation a toute sa pertinence : le nettoyage de panneaux solaires. « Avec la croissance des toits solaires depuis 2006, cette problématique apparaît de plus en plus pour optimiser et préserver le rendement des cellules photovoltaïques », souligne Pierre-Daniel Bize, gérant de Performance Nettoyage Services. Pour l'entretien et le nettoyage des modules (conseillé tous les trois à cinq ans), EDF ENR a signé un partenariat avec cette entreprise et le fabricant suisse Serbot. L'utilisation d'un robot télécommandé permet un gain de temps précieux, avec près de 400 m² de panneaux solaires lavés à l'heure, avec une eau pure. Pierre-Daniel Bize, agent exclusif, est chargé de développer l'activité de Serbot sur le territoire français à travers trois produits : Gekko Façade (nettoyage robotisé des surfaces verticales vitrées des immeubles de grande hauteur), Gekko Solar (nettoyage robotisé des toitures solaires), Gekko Solar Farm (nettoyage robotisé des centrales solaires au sol).

Pour le travail sur les toitures solaires, l'intervention humaine est nécessaire pour élever le robot sur le toit à l'aide d'un système de nacelle. « La robotisation de l'acte de nettoyage implique d'avoir un personnel formé et qualifié. Ainsi, nous tirons vers le haut le travail des agents, estime Pierre-Daniel Bize. De plus, on limite les tâches pénibles et répétitives, tout en améliorant la qualité de la prestation. » Le but n'est pas de supprimer du travail mais de mettre en place un pilote de robot, une personne capable d'encadrer cette nouvelle forme de nettoyage. Le nettoyage robotisé des panneaux photovoltaïques permet de préserver leur surface en verre. Aujourd'hui, les propriétaires de toitures solaires craignent l'écrasement du verre et la microfissure lors de l'intervention humaine. L'opération est beaucoup moins risquée avec le robot dont le poids est réparti sur huit pieds. « La robotisation doit être utilisée quand elle apporte un gain à l'action de nettoyage », ajoute Pierre-Daniel Bize.

Au niveau technologique, il est possible de fabriquer des robots suffisamment performants, laveurs ou aspirateurs.

Des freins culturels et économiques

Si la robotisation n'a pas connu le développement attendu dans le secteur, c'est avant tout pour des raisons culturelles, sociales et économiques. Nombreux sont les acteurs qui craignent que le développement de la robotique supprime des emplois. « La robotisation évolue difficilement car ce changement est important à tous les niveaux, estime Nicolas Godard, directeur du CTP.Il existe des freins en termes de management et de contrôles de la prestation. »

La notion de coûts constitue aussi un obstacle. Et le prix de revient reste très important en regard de l'avantage obtenu sur la rentabilité. « Pour être accessibles en termes d'investissement, les robots devront être produits en série importante, et c'est encore loin d'être le cas », souligne Nicolas Godard.

Pour toutes ces raisons, plusieurs initiatives passées ont été arrêtées, comme le Robonet développé par Midi Robot pour le compte d'Onet qui n'a jamais été mis en service. « Depuis longtemps, les entreprises de propreté cherchent à se démarquer par la robotisation, explique Pierre-Daniel Bize. Vingt ans en arrière, la Comatec avait fabriqué des robots pour nettoyer les quais du métro. Si l'expérience a été stoppée, c'est parce que la robotisation peut entraîner une dévalorisation de la dimension humaine des métiers de la propreté. Il faut d'abord se demander s'il est intéressant de remplacer l'intervention humaine par un robot. »

Robosoft, GSF, un groupe du secteur chimique et un fabricant d'autolaveuses avaient noué un partenariat au début des années 90 pour le développement d'une autolaveuse robotisée. « L'expérience a été stoppée à la fin des années 90 car nous avons buté sur un problème d'industrialisation », témoigne Vincent Dupourqué, président de Robosoft. Depuis, l'entreprise basque s'est progressivement retirée du marché. « Dans le secteur de la propreté, les contraintes sont assez fortes, poursuit Vincent Dupourqué. Même lorsque les clients finaux souhaitent faire appel à la robotique, ils se heurtent au manque de qualification des personnels de leur prestataire. Ceux-ci rencontrent des difficultés pour manipuler le robot. » Robosoft a créé un robot dédié au nettoyage des surfaces vitrées de la Pyramide du Louvre qu'il exploite lui-même. « La condition au développement de la robotique est la réelle implication des entreprises de propreté, estime-t-il, car nous disposons des technologies et des concepts éprouvés. »

ET AILLEURS ?

Au Japon, Fuji Heavy Industries et Sumitomo ont conçu un robot de nettoyage industriel indépendant. Il s'agit d'une sorte de Roomba en plus musclé, capable non seulement de nettoyer le sol des usines et bureaux japonais, mais aussi de prendre l'ascenseur tout seul comme un grand pour nettoyer le reste du gratte-ciel. Le robot s'interface avec les ascenseurs de l'immeuble grâce à un système de contrôle optique, ce qui évite d'avoir à recourir à un robot différent pour chaque étage. Aux États-Unis, Intellibot Robotics (www.intellibotrobotics.com) propose trois gammes de robots de nettoyage. Ceux-ci peuvent fonctionner de manière autonome pendant quatre heures sans interrompre les opérations (huit heures avec des batteries optionnelles). Une quinzaine de minutes sont nécessaires pour préparer la machine. Plusieurs modes sont possibles selon la configuration des locaux. Les capteurs (jusqu'à 14 selon les modèles, vision à 360°) détectent le passage des personnes, et stoppent le robot pour laisser passer. Ces robots permettent de réduire les consommations d'eau et de détergent. Ils préviennent l'opérateur sur son smartphone en cas de problème (batterie à recharger, filtre à changer...). Ils sont utilisés dans les écoles, les hôpitaux, les bureaux ou les industries.




DEUX QUESTIONS À Bruno Bonnel, président de Syrobo*

Où en est le développement de la robotique dans le nettoyage industriel ?

Il existe beaucoup d'initiatives dans les pays asiatiques notamment. En France, un partenariat avait été noué il y a une vingtaine d'années entre la société Robosoft et le groupe GSF pour le développement d'un robot de nettoyage. Mais il était sans doute un peu trop tôt. Aujourd'hui, on ne parle plus de robotique mais de cobotique, qui se base davantage sur une collaboration entre l'homme et le robot. Il ne faut pas voir le robot en opposition au travail mais en complémentarité. Un certain nombre de tâches de nettoyage peuvent être robotisées pour diminuer la pénibilité des opérateurs, tout en augmentant leur productivité.

 

Quelles sont les perspectives d'avenir sur ce marché ?

Il est nécessaire d'avoir une nouvelle approche. Les robots peuvent être utilisés pour l'entretien courant, tandis que les agents de propreté se concentrent sur un nettoyage plus fin. Ils affirment que leur tâche s'en trouve simplifiée. C'est l'organisation que nous avons choisi dans nos locaux, avec les aspirateurs Irobot de Robopolis qui fabrique aussi des robots laveurs et nettoyeurs de sols pour le marché domestique (Bruno Bonnel est aussi à la tête de Robopolis, ndlr). Avec le boom du marché domestique des aspirateurs sur lequel les robots représentent aujourd'hui 10 % des ventes, les usages vont changer. Les entreprises de propreté peuvent profiter du développement de la robotique pour améliorer la qualité de services sans augmenter leurs prix. Une manière de se différencier qui ne doit pas se faire au détriment du travail. Et les outils mis en place grâce au plan France Robots Initiatives pourraient accompagner les acteurs qui s'engageraient dans cette charte pour favoriser l'investissement dans les services.

(*) Syrobo compte une cinquantaine d'adhérents, actifs dans la robotique de services.



Plus de Photos

" Robo40 est un véritable concentré technologique, ce qui implique de former les techniciens à sa maintenance. " Thomas Martin, Cleanfix© Cleanfix

Serbot propose le nettoyage robotisé des panneaux photovoltaïques.© Serbot

© Intellibot

Le robot laveur de vitres d'E-zicom permet un entretien simple des vitrines des commerces.© E-zicom

" La robotique ne se substituera pas à l'humain mais améliorera la qualité des prestations tout en diminuant la pénibilité. " Salem Ghezaili, E-Zicom© E-Zicom

Bruno Bonnel, président de Syrobo© Syrobo

Robosoft a conçu et exploite un robot pour les surfaces vitrées de la Pyramide du Louvre.© Robosoft