Entreprises et marchés

Nouveaux centres aquatiques : les entreprises doivent s'adapter

Wilson, Severine | 22 avril 2020 |

Avec le développement de véritables centres aquatiques, comment les entreprises de propreté doivent-elles faire face à la privatisation et à la montée en gamme des établissements ? En adaptant leur offre mais aussi leur organisation en termes d'amplitudes horaires, tout en priorisant la santé et la sécurité des personnes et des biens. Témoignages.


En pleine évolution, le secteur aquatique présente un potentiel de développement certain, s'accordent à dire les professionnels de la propreté qui interviennent dans ce domaine. « Les piscines intercommunales comme les piscines privées deviennent de véritables centres aquatiques, observe Philippe Galera, PDG de Rhoni Group (7 M€ de chiffre d'affaires, 450 collaborateurs). Résultat : il y a une prise en considération plus forte pour externaliser la propreté mais souvent les communes n'ont pas le budget nécessaire. » Pour répondre à leurs attentes, les équipes de Rhoni Group sont de plus en plus à l'écoute. Elles mettent en avant leur expertise et leur savoir-faire dans ce domaine dit sensible. « Notre organisation nous permet de gérer au cas par cas », ajoute le dirigeant. Auparavant, la propreté était gérée par la personne qui ouvrait et fermait la piscine. Elle est aujourd'hui intégrée dans la notion de services : c'est le directeur de l'établissement qui s'en occupe.

Lors des fermetures techniques, une ou deux fois par an, Rhoni Group profite que le bassin soit vidé pour faire un nettoyage approfondi. « Il y a beaucoup de demandes de travaux exceptionnels, souligne Philippe Galera. Ils sont prévus au cahier des charges pour les remises en état annuelles. Nous essayons néanmoins de pousser à l'abonnement. »

« Nous observons une augmentation des piscines municipales nouvelle version, estime Bruno Delcroix, dirigeant d'ADN Nord. Elles sont installées dans des bâtiments haut de gamme et intègrent une partie ludique et souvent une partie thermale. Les entreprises de propreté doivent adapter leur offre, notamment en raison d'amplitudes horaires beaucoup plus larges. » Les piscines sont devenues de véritables centres de profit et l'enjeu de la propreté est plus important. « Avec la tendance à créer de nouveaux centres aquatiques, les entreprises en délégation de service public (DSP) ont plus de propension à externaliser la propreté, affirme Bruno Delcroix. Mais, elles hésitent à sous-traiter pour des raisons de coûts. »

Pour Samsic, le secteur aquatique a été fortement développé ces dernières années, avec 80 sites clients, qui vont du bassin municipal de 25 m à des véritables centres ludiques. « Intégrant des piscines ouvertes et fermées, des salles de fitness, des hammams ou saunas, ces établissements sont devenus des centres multi-activités », estime Christophe Leloutre, responsable national département ultra-propreté. La gestion de ce type de centre multi-activité implique une certaine privatisation : des groupements sont mandatés par les métropoles et communautés de communes (DSP). Samsic travaille notamment avec des FMeurs. L'entreprise accompagne les gestionnaires de piscine dans la gestion de flux de fréquentation : il faut adapter les différentes zones aux flux. Elle peut intervenir seulement pour le bassin avec un binôme ou aller de la mise à blanc avant l'ouverture à la régie, jusqu'à l'accueil. Le champ d'activité s'élargit. « Et l'amplitude horaire aussi ! ajoute Christophe Leloutre. Il arrive que nos équipes démarrent avant 5 h. Associations, clubs, établissements scolaires utilisent les lieux à tour de rôle. » C'est pourquoi le maintien en propreté est primordial pour assurer la sécurité et la santé des personnes.

« Dans le secteur privé, certains acteurs externalisent via des appels d'offres FM pour ne pas avoir à gérer le personnel. Ils ont une forte exigence en termes de productivité, signale Christophe Leloutre. Chaque ligne de coût doit être maîtrisée. »

Installée en Normandie (1 000 salariés, 12 agences, 15 M€), Netto Decor Propreté intervient quotidiennement pour deux piscines intercommunales et réalise aussi le nettoyage de bassins lors des arrêts techniques d'autres sites, opération qui relève des travaux exceptionnels. « Les agglomérations gèrent les piscines, au même titre que les salles de sport. Tout est mutualisé », indique Étienne Mulot, directeur du Pôle contrat. L'entreprise ayant peu de turnover, les mêmes équipes travaillent sur ces sites depuis dix ans et ont donc acquis un réel savoir-faire. « Certaines piscines aimeraient davantage sous-traiter mais ont du personnel communal et un budget plutôt serré. De plus, c'est rassurant pour eux d'entretenir eux-mêmes leur site pour une meilleure maîtrise des aspects liés à l'hygiène et à la sécurité », affirme Étienne Mulot.

Au sein de l'agence d'Alençon, Deca Propreté a aussi observé, depuis plusieurs années, une modernisation des piscines municipales. « Nous travaillons pour des centres aquatiques depuis une quinzaine d'années, pour des établissements publics mais aussi pour des entreprises privées en DSP, explique Nicolas Lamy, directeur d'agence. Les acteurs privés recourent plus facilement à l'externalisation tandis que pour les communes, c'est une question de choix politique. »

 

Public versus privé

Il existe une nette différence entre le public et le privé. Lorsque les communes se regroupent pour gérer la piscine, celle-ci prend une tout autre dimension. Rhoni Group intervient souvent en tant que sous-traitant des spécialistes du FM, comme Dalkia ou Cofely qui signent des contrats-cadres nationaux. Dans le privé, le qualitatif est mis en avant les établissements (balnéothérapie, thalassothérapie…). De plus en plus, les centres aquatiques se dotent d'une partie fitness, mais aussi de petits espaces de luminothérapies ou de spas. Leur objectif est de dégager un chiffre d'affaires supplémentaire et de rentabiliser.

 

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BRUNO DELCROIX, ADN NORD

 

Les dirigeants de Littoral Nettoyage, basée à Sète, ont créé en 2015 une entreprise de propreté, baptisée Aqua Secure Piscine, spécialisée dans le nettoyage, l'entretien, la maintenance et la surveillance des piscines (350 000 € de chiffre d'affaires). « Nous intervenons pour les piscines privées de campings et de résidences de vacances. Il existe des synergies entre nos deux entreprises », indique Robert Goetz, gérant de Littoral Nettoyage. Le potentiel de développement est plus important pour les bassins de résidences de vacances, mais aussi de campings qui disposent d'équipements de plus en plus 

 

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CHRISTOPHE LELOUTRE, SAMSIC PROPRETÉ

 

Littoral Nettoyage a aussi récupéré un marché public avec la Ville de Sète pour le centre aquatique (avec bassin ludique et salle de sport) : entretien des vestiaires, sanitaires, accueil, régie en journée. La maintenance technique est assurée par un spécialiste du FM multitechnique. Plusieurs salariés interviennent chaque jour pour l'entretien, dès 7 h 30, en cohabitation avec le personnel de mairie. Deux d'entre eux sont présents toute la matinée car l'activité est forte. Pour Robert Goetz, le budget alloué est correct et le client a conscience de l'enjeu de la propreté, mais le critère prix reste important. « Avec l'évolution des piscines municipales vers des centres aquatiques, les mairies semblent progressivement diminuer l'intervention de leurs agents de service, estime Robert Goetz. Nous ne sommes qu'au début de cette évolution et nous comptons bien nous développer encore en nous positionnant sur certains appels d’offres. Une veille des marchés publics sera organisée. »

 

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Netto Décor Propreté intervient pour l’entretien quotidien de deux piscines intercommunales. © Netto Décor Propreté 

 

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Samsic compte 80 sites clients dans le secteur aquatique. © Samsic

 

Formation et attitude de service

Il est indispensable de connaître les protocoles dédiés aux milieux sensibles ainsi que les techniques de nettoyage. Il faut donc former les agents et les motiver. « Tous nos agents sont spécialisés et formés, notamment grâce à des modules vidéos disponibles sur tablette dont 40 % sont dédiés à un secteur client. Il est ainsi possible de réaliser des focus sur les particularités des clients », indique Philippe Galera, qui considère que la formation en e-learning est bien plus ludique. L'entreprise joue sur la proximité pour offrir un temps plein à ses équipes opérationnelles, notamment en complétant leurs heures par un site tertiaire. Elle met en avant le savoir être de ses salariés et leur attitude de service.

 

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PHILIPPE GALERA, RHONI GROUP

 

Pour Rhoni Group, il est important que ses collaborateurs s'intègrent aux équipes des clients pour qu'ils soient davantage valorisés et en même temps plus proches. « Lorsque nous travaillons pour un FMeur, celui-ci s'occupe de la partie technique et Rhoni Group du nettoyage, explique Philipe Galera. Des agents polyvalents viennent en renfort des agents machinistes classiques. »

« L'attitude et l'image des agents de propreté sont primordiales, estime Bruno Delcroix. Ils deviennent aussi des agents d'accueil. Dans certains établissements, on les appelle des coordinateurs accueil et hygiène. » Chez Deca Propreté, les agents de propreté sont dédiés à cette activité et formés sur l'attitude de service.

« Les collaborateurs sont formés aux protocoles propres au secteur aquatique (détergence, désinfection), souligne Christophe Leloutre. Nous essayons de leur donner un maximum d'heures pour qu'ils soient spécialisés sur ce créneau. » Les opérateurs doivent savoir s'adapter et être capables de repérer les zones où les risques de contamination sont les plus forts.

Aqua Secure Piscine recherche des profils d'agent un peu différents. « En plus du nettoyage des locaux et du bassin, ils vérifient la qualité de l'eau et effectuent quelques manipulations basiques dans les locaux techniques », signale Robert Goetz. Une formation spécifique des agents est donc indispensable. « Leur attitude de service est importante car ils sont en contact avec les utilisateurs et peuvent même dans certains cas gérer les conflits car ils surveillent les accès », poursuit le dirigeant. Le plus difficile est de devoir gérer la saisonnalité de l'activité. Une importante phase de recrutement est réalisée en avril et mai, l'effectif passe de 8 à 35. « Nous avons moins de mal à recruter sur ce créneau que sur l'entretien traditionnel car cet emploi estival est plus valorisant. Après avoir recruté, il faut former et accompagner, ajoute Robert Goetz. Nos encadrants connaissent bien ce domaine et maîtrisent les méthodes. Certains saisonniers reviennent d'une année sur l'autre. »

 

Une affaire de spécialistes

Pour Bruno Delcroix, le métier de la piscine est bien particulier. ADN Nord a commencé au début des années 2000 en proposant des prestations de service pour le traitement antidérapant. « Aujourd'hui, nous sommes spécialisés dans la mise en place de protocoles spécifiques basés sur des produits sélectionnés, ajoute Bruno Delcroix. Nous apportons conseils et suivi technique aux entreprises de propreté. »

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Aqua Secure Piscine est active dans le nettoyage, l’entretien, la maintenance et la surveillance des piscines. © Aqua Secure Piscine

 

« Dans les centres aquatiques, différents types de sols sont présents : carrelages autour des piscines, sols souples dans les salles de sport et de bien-être, explique Bruno Delcroix. Nous avons une solution globale simple d'utilisation qui nécessite une formation adaptée mais accessible. » Accompagnées par ADN Nord, de nombreuses entreprises de propreté proposent ce protocole. Les produits s'intègrent dans une démarche environnementale, dans un domaine qui utilise beaucoup de chimie mais dont les acteurs commencent à prendre conscience de leur impact écologique. La gamme Aqualise comprend un détergent détartrant concentré à base d'acide citrique (sans acide chlorhydrique ni sulfurique, pas d'ammonium quaternaire) pour une remise en état des carrelages entartrés et encrassés. « Ce produit permet de gommer sans agresser le carrelage et supprime le biofilm des surfaces antidérapantes », indique Bruno Delcroix. ADN Nord intervient aussi pour des remises en état, en général effectuées deux fois par an. L'entreprise distribue également des machines Kaivac.

 

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NICOLAS LAMY, DECA PROPRETÉ

 

« Ce métier ne s'improvise pas. Il est nécessaire de maîtriser toutes les spécificités liées à l'eau. Nous devons faire attention que les produits n'aient pas d'impact sur la qualité de l'eau. L'Agence régionale de santé valide leur utilisation », souligne Nicolas Lamy. Deca Propreté utilise les produits d'ADN Nord depuis sept ans : un pour la remise en état lors des arrêts techniques, un pour le nettoyage et la désinfection des sols, un pour le détartrage des sols. « Le protocole fonctionne très bien, reconnaît le directeur. La qualité de l'eau étant primordiale, nous effectuons des contrôles bactériologiques quotidiens. »

« Une expertise est nécessaire, précise Philippe Galera. Il est indispensable de savoir gérer le risque infectieux selon les zones : accueil, vestiaires, douches… » Les piscines sont de plus en plus sensibles au risque de légionellose.

« La partie piscine est très réglementée, ajoute Robert Goetz. L'Agence régionale de santé (ARS) effectue une fois par mois un contrôle de la qualité de l'eau de l'ensemble des bassins, y compris pour les résidences dès lors qu'elles comptent plus de 20 appartements. » Le chlore est obligatoire pour les bassins. Concernant l'entretien des vestiaires et des sanitaires, l'entreprise utilise les protocoles de nettoyage habituels pour les milieux humides, intégrant des produits désinfectants. « Pour les plages, nous faisons appel à des nettoyeurs haute pression ou à des autolaveuses », note Robert Goetz.

Pour Étienne Mulot, l'encadrement intermédiaire doit connaître les spécificités sur l'utilisation et le dosage des produits : « Le principal enjeu est d’utiliser la bonne chimie au bon endroit avec la bonne dilution pour être efficace. Il faut maîtriser le risque sanitaire (hygiène) et sécuritaire (glissade). » Pour cela, Netto Décor Propreté fait appel à des autolaveuses et monobrosses dotées de pads mélaminés pour désinfecter, détartrer et dégraisser.

 

Comment innover

Pour Christophe Leloutre, il est primordial de sensibiliser le client sur l'impératif de coactivité et l'importance de la sécurité. Le secteur aquatique fait partie du domaine de l'ultrapropreté. Le coût de certains matériels doit donc être pris en compte. « Pour chaque zone (pieds secs, pieds humides, bassins…), un matériel différent est utilisé, souligne-t-il. Certains outils, type i-mop, sont très intéressants car simple d'utilisation et de faible encombrement. »

 

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ROBERT GOETZ, LITTORAL NETTOYAGE

 

« Récemment, nous avons commencé à mettre en place des centrales de dilution qui permettent un meilleur dosage et réduisent les risques de TMS en limitant les charges à porter », annnonce Philippe Galera. Avec ce concept Wi Etik (Adelya), l'entreprise a externalisé la gestion des stocks. De plus, la simplicité d'utilisation rend la formation plus facile. Les cinq produits proposés couvrent l'ensemble des besoins. « La dilution est facilitée grâce aux algorithmes, précise le dirigeant. Ainsi, nous pouvons nous concentrer sur d'autres taches comme les autocontrôles, les contrôles qualité ou les séances de brainstorming avec les équipes du client. » Rhoni Group compte déployer au fur et à mesure ce système dans les centres aquatiques, pour remplacer les anciennes centrales de dilution.

 

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Rhoni Group intervient notamment sur les sites de balnéothérapie de centres hospitaliers. ©Rhoni Group

 

Côté chimie, Samsic teste plusieurs solutions comme l'eau ozonée et utilise aussi le système indoor de System H2O pour les cloisons intérieures. Pour Christophe Leloutre, les petites autolaveuses très maniables, de type SC500 Rev Orbital de Nilfisk, constituent une réelle avancée. Le moteur scrub qui se rajoute aux machines est un système à injection avec brosse qui permet de faire les escaliers, les dessous de cabines, les rigoles… Plus légers, les aspirateurs dorsaux à batterie permettent d'assurer le maintien en propreté en captant les particules avant qu’elles soient adhérentes, atout en situation de coactivité.



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